Faire de l’art-thérapie en service psychiatrique au sein d’un EHPAD

Faire de l’art-thérapie en service psychiatrique au sein d’un EHPAD

Quand la création devient un espace de soin, de lien et de dignité.

Dans un EHPAD, le service psychiatrique est souvent un lieu chargé d’histoires, de fragilités, mais aussi d’une immense richesse humaine. Les résidents y vivent avec des troubles psychiques, des pathologies neurodégénératives, des états dépressifs profonds ou des parcours de vie marqués par la rupture. Dans ce contexte, l’art-thérapie prend une place singulière : elle ouvre un espace où la parole n’est pas obligatoire, où l’on peut exister autrement que par le symptôme.

L’art-thérapie ne cherche pas la performance esthétique. Elle propose avant tout une expérience sensible : toucher la matière, tracer, coller, modeler, choisir une couleur, un rythme. Ces gestes simples deviennent des actes de présence à soi. Pour des personnes âgées parfois coupées de leur corps, de leur histoire ou de leur langage, créer, c’est déjà reprendre forme.

Un cadre sécurisant pour exprimer l’indicible

En service psy, beaucoup de résidents ont du mal à verbaliser leurs émotions. Certains sont envahis par l’angoisse, d’autres par le silence. L’art-thérapie offre un détour : ce qui ne peut se dire peut se déposer dans une image, une forme, un mouvement. Le papier devient un lieu d’accueil. La matière devient un partenaire.

Le cadre est essentiel : un temps identifié, un espace calme, une présence bienveillante. L’art-thérapeute n’interprète pas, ne juge pas, ne corrige pas. Il accompagne. Il soutient l’élan créatif, même minime. Un trait hésitant, une feuille froissée, un collage maladroit peuvent être porteurs de sens pour la personne qui les produit.

Restaurer l’estime de soi et le sentiment d’exister

Avec l’âge, la dépendance et la maladie, beaucoup de résidents perdent le sentiment d’être encore capables. L’art-thérapie vient réactiver une compétence fondamentale : celle de faire, de choisir, de créer. Même lorsque les gestes sont limités, même lorsque la mémoire flanche, il reste possible de laisser une trace.

Créer une œuvre – aussi modeste soit-elle – redonne une place de sujet. On n’est plus seulement “patient” ou “résident”, on devient auteur de quelque chose. Ce renversement est précieux : il restaure l’estime de soi, soutient l’identité et permet de se sentir encore vivant, encore en lien avec le monde.

Un espace de relation autrement

L’’art-thérapie en EHPAD est aussi lieu de rencontre. Les résidents s’observent, se répondent, partagent parfois un sourire, un regard, une couleur. Sans obligation de parler, une communauté fragile se tisse.

Pour certains, l’art-thérapie devient un repère dans le quotidien, un rendez-vous attendu. Il structure le temps, crée une continuité dans un quotidien parfois morcelé. L’art devient médiateur : entre soi et soi, entre soi et l’autre, entre soi et l’institution.

Prendre soin autrement

Faire de l’art-thérapie en service psychiatrique en EHPAD, c’est accepter la lenteur, l’imprévu, l’inachevé. C’est travailler avec ce qui est là : une main qui tremble, un regard qui se perd, une émotion qui surgit sans prévenir. C’est aussi être témoin de moments de grâce : un résident mutique qui choisit enfin une couleur, une personne dépressive qui rit devant sa création, un patient anxieux qui s’apaise en modelant l’argile.

Dans ces instants, l’art ne guérit pas au sens médical. Mais il soigne autrement. Il offre un espace de respiration, de symbolisation, de dignité. Il rappelle que, même au cœur de la maladie et du grand âge, la créativité demeure une force profondément humaine.

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