Focusing, carnet de deuil, art-thérapie : trois portes pour un même chemin

On me demande souvent ce que je « fais » exactement, en séance. La réponse tient rarement en un mot. Je ne déroule pas un protocole identique d’une personne à l’autre, ni même d’une séance à l’autre avec la même personne. J’écoute ce qui est là, ce jour-là, et je propose l’outil qui me semble le plus juste à cet instant.

Trois outils reviennent régulièrement, et ils se répondent : le focusing, le carnet de deuil et l’art-thérapie. Ce ne sont pas trois méthodes concurrentes qu’il faudrait choisir. Ce sont trois portes d’entrée vers la même chose : ce qui demande à être traversé, et qui ne passe pas toujours par les mots.

Le focusing : écouter ce que le corps sait déjà

Le focusing est une pratique d’écoute du ressenti corporel. On ralentit, on tourne l’attention vers l’intérieur, et on attend qu’une sensation se manifeste — une boule dans la gorge, un poids sur la poitrine, quelque chose de flou qui se tient là sans nom.

On ne cherche pas à la faire partir. On lui laisse de la place, on cherche le mot, l’image ou le geste qui lui correspond vraiment. Et souvent, quand ce mot est trouvé, quelque chose se desserre légèrement dans le corps.

En séance, le focusing intervient surtout en amont ou en appui. Avant de créer, quand une personne arrive avec un « ça ne va pas » qu’elle n’arrive pas à préciser. Ou au milieu d’un geste artistique, quand quelque chose remue et qu’il vaut mieux s’arrêter pour écouter avant de continuer. C’est un outil de ralentissement, et le ralentissement est souvent la moitié du travail.

Le carnet de deuil : donner une forme à l’absence

Le carnet de deuil est un objet créé sur la durée, un espace où l’on dépose ce qui reste d’un lien rompu. Deuil d’une personne, bien sûr, mais aussi d’une santé, d’un projet, d’une époque de sa vie, d’une relation qui n’a pas eu lieu.

On y écrit, on y colle, on y dessine, on y garde des traces — une photo, un ticket, un fragment de tissu. Il n’y a pas d’obligation de beauté ni de cohérence. Le carnet accueille les pages ratées, les colères, les jours où l’on n’a rien à dire.

Ce qui fait son intérêt, c’est le temps. Là où une séance isolée touche un moment, le carnet accompagne un processus qui dure des mois. On peut revenir en arrière, relire, constater qu’une page écrite en février ne résonne plus de la même manière en juin. Le carnet rend le mouvement visible, alors même qu’on a l’impression de ne pas avancer.

Je le propose particulièrement aux personnes en deuil, mais aussi aux aidants, qui portent souvent des pertes en cours dont on parle peu : la perte progressive d’un proche encore vivant, la perte de sa propre liberté, la perte de la relation d’avant.

L’art-thérapie : laisser la matière parler

L’art-thérapie, c’est le cœur de ma pratique. Peinture, modelage, collage, encre, matériaux naturels — peu importe le médium, ce qui compte est ce qui se passe pendant qu’on le manipule.

Là encore, il n’y a rien à réussir. On ne juge pas le résultat, on ne cherche pas à produire quelque chose de joli. Ce qui m’intéresse, c’est le geste : la main qui hésite, la couleur qu’on évite, le format qu’on choisit, le moment où l’on décide que c’est fini.

L’art-thérapie permet d’exprimer ce qui ne se formule pas. Elle contourne le mental, les explications toutes faites, le récit qu’on se raconte depuis des années. La matière ne discute pas. Elle donne une forme à ce qui était informe, et cette forme peut ensuite être regardée, commentée, retravaillée — à distance de soi, ce qui rend les choses souvent plus supportables.

Comment les trois s’articulent

Dans la réalité d’une séance, les frontières sont poreuses. Voici comment cela peut se dérouler.

Exemple inspiré du quotidien : 

Une personne arrive avec un état confus, une fatigue sans cause identifiée. On commence assis, en focusing : quelques minutes pour laisser le corps dire où ça se loge. Une image émerge — peut-être , quelque chose de gris et de dense au niveau du ventre.

On passe alors à la matière. Je propose une argile, une encre, ce qui paraît correspondre. La personne travaille cette sensation grise, sans chercher à l’expliquer. Le geste fait son chemin, et parfois ce qui apparaît n’a plus rien à voir avec le point de départ.

Puis on regarde ensemble. On nomme. Et si ce qui s’est ouvert appartient à un deuil, à une perte qui demande du temps, je propose de le poursuivre dans un carnet — pour que le travail ne s’arrête pas à la porte de l’atelier, et qu’il puisse se déposer entre deux séances.

Mais cet enchaînement n’est pas une méthode. C’est un exemple. Une autre séance commencera directement par la peinture, parce que la personne a besoin de faire avant de penser. Une autre restera entièrement dans le focusing, parce que ce jour-là, créer serait de trop.

Un accompagnement sur mesure, pas une recette

Ce que ces trois outils ont en commun, c’est le refus de l’interprétation imposée. Je ne vous dis pas ce que signifie votre dessin. Je ne vous dis pas ce que vous ressentez. Je crée un cadre sûr, je propose des chemins, et c’est vous qui reconnaissez ce qui est juste.

Ancrage et ouverture : s’ancrer dans le corps et dans la matière, pour pouvoir s’ouvrir à ce qui demande à être vu.

Si vous vous reconnaissez dans l’un de ces trois outils — ou dans les trois — nous pouvons en parler. Je propose actuellement des accompagnements à distance.

 

 

Mes accompagnements

Deborah Bride, art-thérapeute

 

Contact’émoi : marguerite.emoi@gmail.com

art-thérapie, focusing, carnet de deuil

Dinan, Bretagne, en présentiel ou en visio

Accompagnement courts ou longs

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